Je lis, je pleure, finalement je ris très peu, mais je rêvasse beaucoup. J’ai arrêté de compter les stations de métro, des fois j’ai peur, j’me dis merde, j’ai oublié de sortir, j’ai raté l’arrêt, et puis non. Mon cahier s’étoffe de jour en jour, je n’aurais jamais cru pouvoir lire autant et en aussi peu de temps. J’ai que ça à faire. Je déplore ce besoin de placer des scènes de cul moches dans la nouvelle littérature comme si c’était indispensable. Souvent l’impression d’être à l’écart mais quoi qu’il arrive je ne baisserai pas les bras. Pour une fois, sois forte, et résiste.
Premier week-end à Paris, je passe mon samedi avec M. sur une terrasse à Odéon où, là, je ris, je ris et je fume à m'en faire dévier la voix. Puis son copain nous rejoint, nous dinons libanais, c’est le temps des grandes expériences, je regrette amèrement qu’Il ne soit pas là, ce sont ses amis avant d’être les miens et je culpabilise de sortir quand il trime comme un fou pour son oral. Sauf que si je reste chez moi, je pleure. Alors je sors, mais il reste en filigrane un peu partout. Comme une métastase du cerveau. J’suis malade de lui. On me propose de sortir après le libanais, je refuse poliment. Surtout envie de rentrer chez moi. Ca e me ressemble pas d’aller dîner à l’improviste avec des gens que je connais à peine. J’ai eu peur, en mangeant, j’ai fait un milliards de pauses. Je scrutais la salle à la recherche des toilettes, au cas où j’aurai du quitter précipitamment la table. Il fallait que ça se passe bien, pour la simple raison qu’il n’y avait pas de toilettes. Après ça, oui, surtout pas envie de prendre d’autre risque, juste, rentrer chez moi et dormir. Pi s’il est pas là pour faire la fête j’ai pas franchement envie d’y aller. J’peux pas continuer de l’appeler dès que ça ne va pas. J’peux pas le miner maintenant. C’est pas le moment. Mon rôle à moi, c’est de décrocher le téléphone quand son moral décroche. Je saurai le faire, j’vais m’écraser, c’est pénible de l’attendre mais j’vais le faire. Et après ça on aura tout le temps pour nous, pour en profiter. Il me rassure au bout du fil, me dit de ne pas pleurer, que c’est bientôt fini, qu’il peut pas, qu’il est désolé, il calme mes craintes aussi. Je l’aime pour ça. Pour ne jamais douter de nous. J’ai que lui. Je voudrais qu’il soit là toujours, je voudrais le voir tout le temps, je voudrais tout un tas de choses impossibles.
Papa est à l’hôpital. Une infection qui aurait pu s’aggraver. Quarante de fièvre, il tremble, réclame à boire, ne tient pas assis, ne mange toujours pas. Il est mieux là bas. Mon père crèvera de sa lâcheté, ça fait mal, mais ça fait rien. C’est moche, mais on meurt tous un jour, il souffre tellement profondément, on ne peut tellement rien faire pour lui que ce serait presque un soulagement. Pour lui, et pour nous. Mais je l’aime fort, et ça me bousille de savoir qu’il se fiche de me voir grandir, peut-être je sais pas, me marier, voir mes enfants. Il se bat ni pour lui, ni pour ma mère, ni même pour moi. Mon père s’en fout. Mon père est un sale égoïste. J’ai longtemps essayé de me mettre à sa place mais il arrive un moment où je comprends plus. Je manque de patience, j’aimerai entendre une autre mélodie que celle de la souffrance. Ca ne finira jamais… Il me manquera beaucoup. Il me manque déjà énormément rien que de le voir s’éloigner, s’enfoncer dans le noir. Mon père a été beaucoup plus fort et courageux que ça, mais il est épuisé, il a plus envie. Au fond c’est lui qu’il n’aime plus, pas nous. Je crois.
Les nouvelles fleurissent à mesure que le temps refroidit. C’est fou, c’est novembre avant l’heure, j’ai bien remarqué les feuilles par terre. Je les snobe. Je pense déjà à Noël. J’aimerai qu’on parte en vacances, en week-end, peu importe. J’aimerai qu’on ait du temps. La vie c’est une histoire de temps, et d’attente. On attend toujours quelque chose. C’est usant.
Il y a eu L qui a dormi chez moi. J’ai dit oui à contre cœur, je déteste dormir avec les gens, j’aime pas prêter mes draps. Sauf pour nous bien sûr, mais c’est différent. J’aime pas qu’elle se soit endormie à Sa place et qu’elle ait recouvert son odeur par celle d’un parfum de fille. Malgré ça, ça a été une bonne soirée, et j’étais ravie de la voir.
Les puces de Clignancourt en solitaire. Je regarde les fringues avec Son œil plus qu’avec le mien. Qu’est ce qui lui plairait ? Un vendeur qui m’interpelle et me demande « tout va bien mademoiselle ? ». C’est pas la première fois. J’ai donc vraiment une tête de fille triste. Ouai, j’pleure dans le métro, et alors ? Ca arrive à des tas de gens. De retour chez moi, une pulsion de souvenirs, je retourne l’appart pour trouver la boite à chaussure Fila qui contient toutes les pages imprimées de mes anciens journaux. Il me faut le Cowblog, le début d’Aurélien, l’an dernier à la même époque. Il me faut les mots, les impressions, les doutes, les motivations et les renoncements. Pour constater où j’en suis aujourd’hui. Où on en est. Je feuillette avec l’odeur de la cuisine qui se répand, et Nothing else matters en fond sonore. Ce soir je lui demanderai de me la jouer au téléphone. Besoin. Y’a le soleil qui frappe sur l’immeuble d’en face, et dimanche coule tout doucement. Aller à la laverie. M’endormir.
Faites que cette semaine passe vite.
Y’a des jours où j’me sens adulte. Ca dure pas longtemps, mais. J’aime bien.
Je regarde des classiques que je n’ai jamais vus. Des Luc Besson. Je me culturise, et j’écoute Tété parce qu’il me parle d’automne, emmitouflée dans un sweat qu’il m’a donné. Il fait froid dans mon appart. J’ai besoin de l’hiver, ça y est j’arrive dans ma phase capricieuse du temps. L’été c’est du soleil et de la chaleur, si y’a pas ça alors c’est obligé qu’il fasse très froid et pluvieux. J’aime pas la demi mesure. J’ai mangé décalé, à 20h je me force, parce que demain matin il faudra que ça aille. Première semaine d’ « école ». Paraît qu’ils nous font faire des exercices pour la timidité, il faut parler de soi devant tout le monde. Ca me dérange. Mais je crois que je vais être obligée de jouer le jeu. Tu dirais quoi toi, de toi, si on te posait la question ? T’aurais pas un peu l’impression d’être égocentrique et de faire chier tout le monde ?
J’aime pas les premiers jours, quand on connaît personne. Tu vois, je vais m’habiller de façon à être à l’aise, mais alors je ne sais pas ce que les autres vont penser de moi. Faut que je change ça, j’suis trop « la-fille-avec-ses-écouteurs-les-yeux-dans-le-vague-qui-a-l’air-fatigué, jean-troué ». J’donne pas envie. Pourtant j’suis sympa, je crois. En tout cas j’y travaille.
Je sais même pas comment on fait pour manger le midi. Je déteste ne pas savoir où je fous les pieds.
Ok ok j’avoue, j’suis un peu tendue. Ca ira mieux demain…